Editorial artistique : programmation Retour Page précédente
Le chemin des salles
Faisant preuve d’une belle vitalité, le cinéma latino-américain a trouvé le
chemin des salles. Chaque année, nous voyons augmenter le nombre de films qui
sont présentés commercialement au public, en France en particulier.
Tout comme nous voyons augmenter le nombre de Festivals dédiés aux
cinématographies latino-américaines. Bien sûr, l’Argentine continue d’être le
pays phare, et le pays préféré des sélectionneurs de Festivals. Cette année,
nous aurons la révélation Conversaciones con mamá et Bombón, el perro, le
dernier film de Carlos Sorín, auteur du très beau Historias Mínimas, sorti
commercialement dans le monde entier, avec beaucoup de succès. Mais les autres
pays sont là, avec leurs nouvelles productions :
- La Bolivie
sera à nouveau présente et avec le dernier film de Jorge Sanjinés, Los Hijos
del último jardín. C’est le retour à Marseille de celui qui fut le Premier
Président des premières Rencontres, en 1999, et un des cinéastes emblématiques
des années du Nouveau Cinéma Latino-américain.
- L’étonnant Mexique,
dont je disais l’an dernier que l’on attendait le réveil. Eh bien en nombre de
films, ce n’est pas encore ça. Par contre en proportion de bons films, par
rapport à la production, c’est un record. Nous présenterons deux premiers films
: El Mago et Temporada de Patos, surprenant par son traitement.
- La Colombie,
qui continue sa percée : Victor Gavíria, l’auteur de La vendedora de rosas,
nous apporte son dernier film Sumas y Restas, mais une dizaine d’autres films
sont prêts, pour les écrans.
- Le Pérou, avec Coca
Mamá et ses mondes qui se croisent. Comme l’an dernier le court métrage a une
place spéciale, puisque 13 films seront en compétition et montreront, avec les
premières oeuvres de long-métrage, que la relève est toujours présente. Nous
attendons pour l’an prochain que le Venezuela rejoigne les pays producteurs :
une aide financière accrue et une direction très efficace du Centre National
Autonome de la Cinématographie nous permettent d’espérer.
- Et enfin le Brésil,
pays invité, géant du continent ! Le cinéma brésilien est passé par des bas et
des très bas il y a une dizaine d’années, pendant le gouvernement de Collor de
Mello. Après avoir produit plus de 100 films par an, la production est tombée à
1, puis 0, puis 2 films par an. Aujourd’hui, elle a retrouvé toute sa force, et
nous annonce des années encore meilleures. « La Retomada » terme avec lequel
les Brésiliens ont qualifié le début de la reprise de la production, dans les
années 90, bat son plein. Au Brésil, le public donne son appui à cette
production riche et variée : tous les genres, tous les styles sont traités.
Jusqu’en 2002, la production brésilienne occupait de 6 à 8 % du marché. En 2003
elle est passée à 21,40 % (22 millions de spectateurs). On produit actuellement
40 films par an. L’objectif est de 100 films en 2006. De 1994 à 2000, 55
cinéastes ont réalisé leur premier film.
Dans nos «Rencontres», nous
présenterons un vaste panorama de la nouvelle production brésilienne
:
des premières oeuvres, comme Redentor, à Deus é
brasileiro, le dernier film du grand réalisateur du Cinéma Novo, et notre
Président cette année, Carlos Diegues. Dans ce panorama, il y aura également
deux films de la production pour jeune public : Castelo Rá-Tim-Boum et Taïna,
uma aventura na amazônia. Le Brésil étant un des pays spécialisés, dans cette
production.
Nous n’avons pas oublié le documentaire,
qui a atteint une grande production d’une qualité exceptionnelle. Quelques
classiques, pour le plaisir du souvenir, complètent ce tableau « brasileiro »,
avec l’étonnant Como era gostoso e meu francés (Qu’il était bon mon petit
français) de Nelson Pereira dos Santos, et le superbe Xica da Silva.
Des développements comme celui
du Brésil, de l’Argentine, et d’une manière plus modeste, de la Colombie, ne
sont possibles que s’il y a une politique d’aide réelle et intelligente à la
création, à la production et à la diffusion tant nationale qu’internationale.
C’est vers quoi doivent tendre tous les pays sud-américains : le talent et la
créativité existent, l’aide financière de l’Etat permet de la faire éclore.
Pour terminer, je voudrais
citer cette définition que m’a dite Carlos Diegues : “ J’ai l’habitude de dire,
pour le corps du cinéma latino-américain, qu’il a la tête chez Renoir, le coeur
chez Rossellini, l’estomac et les tripes de Buñuel. ”
Atahualpa LICHY, Directeur artistique